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En décembre 2002, pour célébrer les deux
ans d´existence de sa newsletter privacy, Cecurity.com a demandé
à des abonnés renommés de rédiger un article sur
un thème de leur choix. Un grand merci à tous les contributeurs
qui ont accepté de jouer le jeu
SOMMAIRE
EST-IL INTERDIT DE STATIONNER SUR LES AUTOROUTES DE L´INFORMATION
?
Godefroy BEAUVALLET, Enseignant-chercheur,
ENST
DONNEES PERSONNELLES DANS L´ENTREPRISE : LA RECHERCHE
NECESSAIRE D´UN EQUILIBRE
Laurent CARON, Juriste Consultant
au cabinet Gitton Russel Ulys.net
MARQUES DE CONFIANCE : LE B TO B AUSSI !
Georges FISCHER, Chairman,
Consortium Worldchambers, Directeur des Technologies de l´information
et du Commerce électronique à la Chambre de Commerce et d´Industrie
de Paris
REINVENTER LE DROIT à L´OUBLI
Solveig GODELUCK, Journaliste
et auteur de « La géopolitique d´Internet »
LA FACTURE DES SPYWARES
Emmanuel JUD, Responsable
du site Secuser.com
TATI VERSUS KITETOA : UNE JURISPRUDENCE A SUIVRE
Kitetoa Animateur du site
kitetoa.com
LE DROIT DES DONNEES PERSONNELLES EN FRANCE, L´APPLIQUER
OU LE MODIFIER ?
Julien LE CLAINCHE, Doctorant
en droit de l´informatique, animateur du site droit-ntic.com
LA PLACE DE LA PROTECTION DES DONNEES DANS L@BELSITE ET A LA
FEVAD
Marc LOLIVIER, Délégué
Général de la Fevad et Vice-Président de Labelsite
GATOR ET LA PUBLICITE PARASITAIRE
Raphaël RICHARD, PDG
de CVFM et auteur du «Papillon Digital»
Godefroy BEAUVALLET, Enseignant-chercheur, ENST
Si la privacy est aujourd´hui une fonctionnalité reconnue comme
indispensable à tout système d´information, elle reste cependant
une exigence "externe" aux briques techniques employées - tout
comme la sécurité routière semble vouée à
rester externe aux voitures. Est-il aussi impossible de fournir aux créateurs
de systèmes des briques logicielles protectrices de la vie privée
que d´interdire aux constructeurs automobiles de mettre sur le marché
des voitures pouvant faire du 230 ? Pas nécessairement... Imaginons des
systèmes où la privacy serait concrétisée dans chaque
programme utilisé. Dans de tels systèmes, la protection des données
personnelles serait assurée par les composants eux-mêmes - et cette
protection serait garantie par leur licence d´utilisation. Est-ce là
une vue de l´esprit ? Ce n´est pas si certain : dans un autre domaine,
les efforts consacrés à mieux protéger la propriété
intellectuelle conduisent à intégrer une signature au sein des
données composant une oeuvre.
La suite sur :
http://perso.enst.fr/~beauvall/cecurity/index.html
Laurent CARON, Juriste Consultant au cabinet Gitton Russel
Ulys.net
Comment établir un équilibre entre les droits des salariés
et les pratiques opérationnelles en matière de traitement de données
nominatives des salariés ? Prenons l´exemple de la « cybersurveillance
» des salariés. En condamnant certaines entreprises, les tribunaux
ont rappelé que le droit à la protection de la vie privée
reconnu aux personnes physiques salariées devait primer. Pourtant, le
Code Pénal laisse sur la question des e-mail une porte ouverte à
l´entreprise pour maintenir un équilibre entre les droits des salariés
et la nécessité pour l´entreprise de protéger ses
actifs, ou encore de contrôler l´activité des personnes.
L´entreprise doit être en mesure d´apporter la preuve de sa
bonne foi, réaliser des contrôles respectueux du droit du travail
et des libertés individuelles. C´est un fait, la pratique tend
à développer de façon exponentielle des technologies de
l´information et de la communication (TIC) autour de l´activité
quotidienne de l´entreprise (accès à Internet et à
la messagerie, badges, autocommutateur téléphonique, Intranet,
gestion automatisée des Ressources humaines et libre service RH etc.).
Cette pratique expose l´entreprise à des risques récurrents.
Sur le plan de la protection des données personnelles, l´entreprise
devient un espace de transparence technique dans lequel, inéluctablement,
des profils et des bases de données se constituent autour de la personne
physique salariée. La « cybersurveillance » constitue un
cas d´école, voire un syndrome. Aucune entreprise, aucun traitement,
n´est à l´abri d´un dérapage. Les racines du
risques sont les-mêmes pour l´ensemble des TIC. L´enjeux est
important : plainte de salariés auprès de la CNIL susceptibles
de déclencher un contrôle sur place de la part de cette institution,
atteinte à l´image de marque de l´entreprise, crise de confiance
avec les salariés, sanctions pénales le cas échéant
pour non respect des droits des salariés ou de la réglementation
informatique et libertés, et procédures juridiques incertaines
devant les tribunaux. Quel conseil donner aux entreprises ? Sans aucun doute,
le droit doit être pris en compte dès la conception des systèmes
d´information mais aussi tout au long de leur évolution grâce
à l´intervention d´équipes pluridisciplinaires associant
techniciens et juristes. Cette règle élémentaire de précaution
mérite d´être érigée en règle d´or.
Alors que la question du respect des droits des salariés est amplifiée
par l´évolution de la technique et la mondialisation des traitements
automatisés de données nominatives, il convient pour l´entreprise
de mettre en place de véritables tableaux de bord permettant d´essayer
une politique de risk management qui ne peut faire l´économie d´une
politique de transparence.
En savoir plus sur la cybersurveillance :
http://www.foruminternet.org/publications/lire.phtml?id=396
Georges FISCHER, Chairman Consortium Worldchambers, Directeur
des Technologies de l´information et du Commerce électronique à
la Chambre de Commerce et d´Industrie de Paris
La problématique des marques de confiance semble se limiter au seul monde
du « B to C ». Or, dans la « jungle » du Web , le «
B to B » a également besoin de tels outils marketing.Tout comme
pour le « B to C », ces marques de confiance doivent apporter visibilité
et confiance pour permettre au bénéficiaire de sortir du lot ;
mais, contrairement au « B to C », leur impact porte non sur la
décision d’acheter, mais sur celle d’entrer en contact. Il
s’agit donc de mettre en œuvre un nouveau type de moteur de recherche
à « confiance intégrée » (« trust inside
» si on devait paraphraser une publicité existante !). L’autre
différence tient au fait que le « B to B » bénéficie,
d’ores et déjà, du marché global ; cela implique
que la marque de confiance en question soit appuyée sur une marque mondiale,
qui véhicule partout la même image de confiance. Il est dès
lors peu étonnant que l’initiative la plus marquante soit ChamberTrust,
lancée par les Chambres de commerce et d’industrie : elles bénéficient
de cette image globale de confiance et elles peuvent assurer la visibilité
nécessaire à travers leur portail mondial (worldchambers.com).
Est-ce suffisant pour réussir ? Tout comme pour le « B to C »,
le décollage a été lent et le terrain est déjà
jonché des cadavres virtuels de quelques initiatives du même type
! Mais, finalement, là encore, c’est l’acceptation par l’utilisateur
qui sera le véritable juge de paix !
En savoir plus :
Solveig GODELUCK, Journaliste et auteur de « La géopolitique
d´Internet »
Cela fait des années que nous vivons dans une société qu´Orwell
aurait jugée totalitaire. Les individus y sont " traçables",
selon le néologisme popularisé par l´affaire de la vache
folle, mais aussi par les instances policières discutant de la sécurité,
à propos des humains . Les sociétés démocratiques
s´accommodent fort bien de ce doux despotisme, d´autant plus qu´il
n´est pas le fait de l´Etat-Leviathan, mais d´une multitude
d´acteurs économiques désunis. " Ceux qui n´ont
rien fait de mal n´ont rien à cacher ", justifient les bien-pensants.
C´est ignorer que l´homme bon n´existe pas sans la connaissance
du mal. Parce que nous sommes humains, trop humains, le juge américain
James Rosenbaum propose de réhabiliter la touche "delete",
"détruire", sur le clavier. En effet, les ordinateurs n´oublient
rien. L´icône de la poubelle ne supprime pas les documents que vous
voulez faire disparaître : elle les range ailleurs. En informatique, il
n´y a donc pas d´absolution possible pour les péchés
commis dans une vie antérieure. La justice ne devrait pas pouvoir se
saisir des documents virtuellement détruits pour accuser leur auteur,
argue le juge : "Une société est plus libre et moins en danger
lorsque le faux, le vénal, le potentiellement mauvais est exprimé
au grand jour sur la "place de marché des idées". Inversement,
le concept négatif est important : la place de marché des idées
et de l´expression est appauvrie et avilie lorsqu´elle est privée
des idées qui pourraient être discutées et testées,
et finalement, peut-être, rejetées. Le droit de faire son chemin,
de changer d´avis, participe du respect de la vie privée.
http://www.lageopolitiquedinternet.com/entretien/pages/entretien.htm
Emmanuel JUD, Responsable du site Secuser.com
Rien ne les différencie en apparence des logiciels classiques, à
part leur propension à la gratuité. Les spywares sont pourtant
les représentants d´un nouveau business model, dans lequel les
produits et services s´échangent contre une parcelle de vie privée.
Après les scandales provoqués en 1999 par la découverte
de spywares dans deux logiciels très populaires, la pratique est devenue
plus transparente mais les abus restent nombreux. Qu´il se résigne
à voir ses données personnelles converties en dollars à
son insu par d´obscurs logiciels ou qu´il choisisse de se protéger
par l´acquisition d´utilitaires toujours plus nombreux et coûteux,
l´internaute est-il condamné à payer la facture des spywares
quelle qu´en soit la monnaie?
http://www.secuser.com/dossiers/spywares_generalites.htm
Kitetoa Animateur du site kitetoa.com
Résumer l´affaire Tati contre Kitetoa en dix lignes ? Désolé,
je n’y parviendrai pas. Je vous livre ici une partie de l´arrêt
de la Cour d´appel qui m´a relaxé. J´en tirerai deux
conclusions. « Considérant que, comme l´appelant le soutient
à bon droit dans ses réquisitions écrites d´appel
aux fins de relaxe, il ne peut être reproché à un internaute
d´accéder aux, ou de se maintenir dans les parties des sites qui
peuvent être atteintes par la simple utilisation d´un logiciel grand
public de navigation, ces parties de site, qui ne font par définition
l´objet d´aucune protection de la part de l´exploitant du
site ou de son prestataire de services, devant être réputées
non confidentielles à défaut de toute indication contraire et
de tout obstacle à l´accès; que même s´agissant
de données nominatives, l´internaute y accédant dans de
telles conditions ne peut inférer de leur seule nature qu´elles
ne sont pas publiées avec l´accord des intéressés,
et ne peut dès lors être considéré comme ayant accédé
ou s´étant maintenu frauduleusement dans cette partie du système
automatisé de traitement de données, la détermination du
caractère confidentiel (en l´espèce non discuté mais
qui n´a donné lieu à aucune utilisation en pratique préjudiciable)
et des mesures nécessaires à l´indication et à la
protection de cette confidentialité relevant de l´initiative de
l´exploitant du site ou de son mandataire; que dès lors les accès
et maintien d´A.C. dans des parties nominatives du site TATI ne peuvent
être qualifiés de frauduleux, et qu´il convient de déclarer
le prévenu non coupable des faits qui lui sont reprochés et de
le renvoyer des fins de la poursuite; [...]» Première conclusion,
Google ne sera pas poursuivi (en France). Plus sérieusement, il devient
clair que tout ce qui est publié sur un site Web est par principe «
public » à défaut d´être protégé
en lecture. Accéder à un fichier non protégé n´est
pas du piratage. La loi Godfrain est un peu dépoussiérée.
C´est essentiel. Deuxième conclusion : Entreprises, méfiance,
la partie de la loi Informatique et Liberté de 1978 qui vous concerne
est remise au goût du jour.
En savoir plus :
http://www.kitetoa.com/Pages/Textes/Les_Dossiers/Tati_versus_Kitetoa/index.shtml
Julien LE CLAINCHE, Doctorant en droit de l´informatique,
animateur du site droit-ntic.com
L’accroissement de la consommation de données à caractère
personnel par les sociétés occidentales est un phénomène
que les ordres juridiques gèrent difficilement. Les normes européennes
et notamment françaises reconnaissent des droits importants aux personnes.
Néanmoins, l’absence de contrôles et de sanctions effectives,
couplée à la baisse des coûts de création de fichiers
nominatifs, amène à une banalisation de comportements, pourtant
pénalement sanctionnés. En pratique, l´Europe et les Etats-Unis,
en dépit de leur tradition juridique différente, ne poursuivent
que les comportements les plus déloyaux. Dans le contexte d´une
circulation accrue des données, une action sur l´effectivité
de la loi et le rapprochement entre les ordres juridiques n´est donc plus
seulement nécessaire mais possible.
Pour alimenter le débat :
http://www.droit-ntic.com/news/afficher.php?id=102
![]()
Marc LOLIVIER, Délégué Général
de la Fevad et Vice-Président de Labelsite
La Fevad (Fédération des Entreprises de Vente à Distance)
a toujours porté une attention particulière aux questions relatives
à la protection des données à caractère personnel.
La gestion de bases de données est un élément essentiel
pour la vente à distance, qui repose sur la confiance accordée
par les personnes qui communiquent leurs données aux entreprises. Cette
confiance s´appuie sur le respect des règles légales et
déontologiques auxquelles les entreprises adhérentes à
la Fevad attachent la plus grande importance et ce, depuis de nombreuses années.
Avec Internet de nouvelles préoccupations sont apparues chez les consommateurs.
C’est pour répondre à ces nouvelles préoccupations
que la protection des données a été placée au coeur
du dispositif L@belsite, le système d´habilitation des sites marchands
sur Internet créé par la Fcd (Fédération des Entreprises
du Commerce et de la Distribution) et la Fevad en 1999. Une grande partie des
27 règles de L@belsite a pour objet de garantir la transparence et le
respect des droits des internautes dans le traitement de leurs données
par les sites marchands habilités. Cette exigence de transparence et
de protection, portée par l´ensemble des sites habilités,
est sans conteste une des clefs pour l´avenir du commerce en ligne.
En savoir plus :
http://www.journaldunet.com/0211/021128fevad.shtml
![]()
Raphaël RICHARD, PDG de CVFM et auteur du «Papillon
Digital»
A l´origine, Gator est un utilitaire logiciel qui permet de remplir automatiquement
des formulaires d´inscriptions en ligne : plus besoin de taper ses coordonnées
sur chaque site. Il s´est vite répandu grâce à ce
service intelligent. Mais, rapidement, ses éditeurs ont vite vu qu´ils
pouvaient transformer en cheval de Troye publicitaire ce logiciel installé
sur des dizaines de millions d´ordinateurs. Gator est ainsi devenu un
« adware » puisqu´il s´est mis à superposer ses
propres bandeaux sur ceux des sites sur lesquels les internautes surfaient.
Le petit surdoué de la publicité en ligne a appris à ouvrir
des pop-up de publicité pour « Barnes and Noble » s´il
détectait que vous étiez connecté sur le site d´Amazon.
Facile pour Gator qui se lance en tache de fond dès le démarrage
de Windows et lance une connection à l´insu de l´internaute
sur un serveur de bannières qui renvoie la liste des annonceurs du jour…De
quoi expliquer certains ralentissements de connexion à certains moments…
Avec de telles pratiques, Gator pourrait être l’œuvre d’une
obscure bande d´informaticiens perdus au fin fond de l´Arizona.
Il n´en est rien : la société a bénéficié
de deux levées de fonds de $12 et $44 millions de dollars. Elle a pu
résister à toute une vague de procès au terme desquels
elle s´est engagée à faire apparaître de façon
un peu moins parasitaire ses bandeaux mais uniquement sur les sites des grands
portails. En attendant, si jamais en faisant une recherche sur Google, vous
voyez s´ouvrir un grand pop-up qui présente d´autres résultats
de recherche intitulé «TGC Advanced Search», c´est
l´ami Gator qui présente ses propres résultats de recherche
qu´il fournit en partenariat avec Overture la nouvelle vedette du Nasdaq
qui vend aussi aux enchères les premières positions de Yahoo.
La différence dans le cas de Google, c´est que Google n´a
absolument pas donné son assentiment Avec des annonceurs tels que Barnes
& Noble, Chrysler, Dell, Delta Airlines, eBay, Mazda ou New York Times,
et des partenariats avec tous les logiciels de Peer-to-Peer (Kazaa, AudioGalaxy...)
qui font fureur chez les adolescents et les jeunes adultes, la publicité
parasitaire a encore de beaux jours devant elle...
En savoir plus :
http://www.planete-commerce.com/guide2/publicite-intrusive.html