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LE CHIFFRE : 10 912,08 DOLLARS

(article mis en ligne le 30 janvier 2004)

Le mardi 27 janvier 2004, 333 donateurs américains avaient contribué aux frais de campagne du candidat démocrate John Kerry, à hauteur de 10 912,08 dollars, grâce au système de dons en ligne proposé par Amazon.com. Encore une fois le géant du commerce en ligne innove. Encore une fois, des interrogations sur le statut et la protection des données collectées surgissent.

 

Les innovations n'apparaissent pas forcément là où on les attend le plus. Depuis des années, de nombreuses réflexions et expérimentations sont menées sur les systèmes de vote électronique à distance qui pourraient être mis en oeuvre par les pouvoirs publics. Les élections présidentielles américaines de 2004 semblent marquer l'essor d'une autre composante de la e-démocratie : la collecte d'argent via Internet pour contribuer aux frais de campagne des candidats. Depuis le 23 janvier 2004, un service est proposé aux électeurs américains par amazon.com, l'enseigne emblématique du cyber-commerce.

Pour contribuer, l'internaute doit s'engager à être résident des États-Unis, à être âgé de plus de 18 ans, à ne pas être employé par une agence gouvernementale et à n'investir que ses fonds personnels. Il n'y a pas de système d'authentification pour vérifier cette déclaration sur l'honneur. Ensuite, il est possible de faire une contribution en ligne au profit du candidat de son choix pour un montant compris entre 5 et 200 dollars. Amazon perçoit une commission en tant que collecteur mais reverse les montants correspondants à un organisme d'information civique. Les sommes collectées dans les premiers jours restent modestes et, à la fin du mois de janvier 2004, certains candidats, comme George Bush, n'avaient pas encore donné leur aval pour participer au mécanisme.

L'initiative d'Amazon.com fait surgir des interrogations. La première porte sur le rôle joué par une entreprise privée dans une sphère d'intérêt public. En la matière, les Américains n'ont sans doute pas les même réflexes que les Français. La seconde porte sur la sécurité des données collectées par le service de dons en ligne. Amazon supprime en effet de-facto les anciennes frontières en vigueur dans l'univers des données personnelles. Traditionnellement, il était de coutume de faire un distinguo entre les informations utilisées dans un contexte commercial, supposées être relativement anodines, et les données «sensibles», comme celles relatives aux opinions politiques. Il faut donc espérer qu'Amazon sera capable d'assurer une sécurité à toute épreuve pour les données collectées via ce système de dons en ligne.

Dans le même ordre d'idée, rappelons qu'Amazon France avait ouvert en juin 2001, à l'occasion de la Gay Pride, un espace commercial spécifique et temporaire à destination d'un «public gay, lesbien, bisexuel et transgenre». Là encore, les données collectées dans le cadre cette activité commerciale représentaient, à l'évidence, une sensibilité particulière.