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Newsletter 2004
(article mis en ligne le 22 juin 2004)
Pour Andrew Neff, mathématicien à Princeton, 80% des problèmes et 100% des gros problèmes en matière de sécurité du vote électronique sont réglés grâce à son nouveau système de vote électronique reposant sur la cryptologie. Dans le même temps, David Chaum, grande figure de la cryptologie et inventeur du Digicash, propose également un système fondé sur un principe identique : l'impression des reçus chiffrés. Un dispositif qui reçoit les encouragements de Ron Rivest, le « R » de RSA. Dans les deux cas, l'idée est de concevoir un système de vote pour lequel il n'est pas nécessaire que l'électeur fasse confiance aux pouvoirs publics.
Si les acteurs historiques et les nouveaux venus de la crypto se mobilisent sur la question du vote électronique, c'est que le contexte américain s'y prête particulièrement. Après le désastre du recompte des bulletins en Floride lors de l'élection présidentielle de 2000, il est apparu nécessaire de procéder au changement des antiques machines à voter. D'où l'idée de promouvoir des machines à voter électronique.
Un des avantages des machines à voter est qu'elles permettent de disposer immédiatement des résultats sans passer par une laborieuse phase de dépouillement manuel des enveloppes. On passera rapidement sur le fait que cet avantage est surtout une préoccupation pour les candidats et les journalistes et non pour les électeurs. Mais la disparition de la phase publique du dépouillement supprime également une des modalités du contrôle de la sincérité du scrutin. La machine à voter introduit un effet « boîte noire » favorable à l'émergence d'accusations, fondées ou pas, de bourrage électronique des urnes.
Depuis des années, on dispose d'une abondante littérature sur d'hypothétiques « backdoors » qui permettraient aux concepteurs de systèmes de chiffrement de disposer d'un moyen de déchiffrer les contenus des messages à l'insu des utilisateurs. Ces pratiques sont-elles applicables au domaine du vote électronique ? Même si cela reste au niveau de la rumeur, avec des preuves techniques « irréfutables » sur l'inanité des critiques, les dégâts peuvent être considérables. Pendent des années, des millions d'internautes ont bien refusé de communiquer leur numéro de carte bancaire sur Internet alors qu'ils étaient objectivement protégés par la réglementation et que les commerçants assumaient seuls tous les risques liés à la fraude.
L'expérimentation menée à Mérignac en 2002 lors de l'élection présidentielle tend également à montrer que, pour l'instant, la machine à voter ne procure pas un sentiment de confiance absolu. Il est apparu à cette occasion qu'une bonne part des électeurs n'osait pas exprimer un vote électronique pour le même candidat que celui qu'ils choisissaient dans le vote classique. Le score des candidats extrêmes était beaucoup plus faible dans le cas du vote électronique expérimental que dans le cas du vote officiel exprimé dans des urnes classiques. A l'évidence, ce comportement pouvait s'expliquer par le sentiment d'être surveillé.
Pour instaurer la confiance en matière de vote électronique, les projets de Neff et de Chaum tendent à concevoir des systèmes de vote pour lequel il n'est pas nécessaire que l'électeur fasse confiance aux pouvoirs publics, ni à l'entreprise qui a conçu la machine à voter. Il faut pour cela un dispositif qui permette d'auditer a posteriori sans remettre en cause la confidentialité du vote. Si elle s'impose, cette approche sera peut-être à même de faciliter la généralisation des machines à voter en réglant les inconvénients liés à la suppression du dépouillement public. Restera alors pour aller vers le vote électronique à distance - par exemple le vote par Internet - à régler un autre problème. Celui de la suppression de l'isoloir.
Le vote électronique à distance pour des élections politiques pose en effet la question du vote sous la pression de la famille ou d'une communauté. En rupture avec les habitudes les plus ancrées, la solution serait peut-être de permettre à un électeur identifié de modifier son vote sur la durée du scrutin en ligne à plusieurs reprises, avec, à chaque fois un délai d'attente significatif. Un tel dispositif nécessiterait que l'enveloppe avec l'identification de l'électeur et le bulletin chiffré restent en attente chez le gestionnaire de la liste et puissent être annulés et remplacés avant la validation définitive. Avec un tel système, qui est certes à l'opposé des pratiques habituelles en matière de scrutin, le vote sous pression deviendrait limité car plus compliqué à mettre en oeuvre.
Sources :
Declan McCullagh, «
High hopes for unscrambling the vote », News.com, 8 juin 2004 http://news.com.com/2100-1028_3-5227789.html?tag=prntfr
En savoir
plus sur le projet de David Chaum :
http://www.voterverifiable.com/article.pdf