Le changement est en cours : il faut foncer

Le 03 octobre 2019, dans le cadre de sa journée Tech Vill@ge dédiée à ses clients et partenaires, Cecurity.com a organisé une table ronde sur le thème « Femmes du numérique ». Compte-rendu de cet évènement animé par Laurélia Lorusso, Cecurity.com, au cours duquel sont intervenues Carine Braun-Heneault, Red Hat et Syntec Numérique, Amélie Frezier, Edicom, Christine Paurise, BDO et Frédérique Ville, Digiposte.

« Je ne comprends toujours pas pourquoi un développeur devrait être un homme et pas une femme » affirme Carine Braun-Heneault qui poursuit ironiquement « ce n’est quand même pas un travail de bucheron ou de bucheronne pour lequel la force physique peut être déterminante ». Et pourtant, tous les chiffres concordent pour attester d’une sous-représentation chronique des femmes dans l’univers du numérique. Aujourd’hui, en France seuls 25 % des métiers à haute technicité sont occupés par des femmes. Amélie Frezier confirme que la situation est analogue en Espagne avec un taux de 22%. Frédérique Ville souligne pour sa part que seulement 9% des start-up financées dans le numérique sont dirigées par des femmes alors qu’elles sont bien plus nombreuses parmi les créatrices d’entreprise. Christine Paurise enfonce le clou en faisant part de son expérience personnelle : « J’ai plutôt connu des taux inférieurs à 10% dans les DSI que j’ai gérées ; il y avait une femme avec moi dans une équipe de 30 personnes. Lorsqu’il était question de gestion de projet, on pouvait encore trouver des femmes, mais on frôlait le 0% pour des postes systèmes et réseaux ou sécurité des systèmes d’information ».

Carine Braun-Heneault souligne que cette sous-représentation n’a rien de « naturel » : « c’est un constat proprement occidental qui concerne l’Europe et les Etats-Unis. En Inde, les jeunes filles sont fortement encouragées par leur famille pour investir les métiers du numérique. Historiquement, il ne faut pas non plus oublier que le début de l’informatique doit beaucoup aux femmes. À l’époque, celles que l’on appelait les kilo-girls produisaient des calculs en grand nombre – pour un salaire modique. Ce sont ces pionnières qui ont fait avancer l’informatique ».

Comment expliquer une telle situation ? Les intervenantes s’accordent pour pointer la persistance de stéréotypes ; Frédérique Ville illustre la situation par deux anecdotes saisissantes : « Il y a peu de temps, je croisais une petite fille de 5 ans, à la sortie de l’école maternelle, qui disait avec des yeux pétillants : « Maman on a fait des algorithmes ». Elle se projetait. À l’évidence, c’était son truc. Un peu plus tard, lors d’une intervention auprès de collégiens et lycéens, une jeune fille m’a confié qu’elle pensait faire une prépa parce qu’elle aimait bien les maths mais qu’elle avait peur de ne pas tenir. Entre ces deux jeunes filles, il y a dix ans d’écart, dix ans de pression sociale et culturelle ». Carine Braun-Heneault complète l’explication : « l’univers de l’informatique est tellement masculinisé qu’il rebute les jeunes filles. Elles ne veulent pas être minoritaires dans les écoles d’ingénieurs, dans les entreprises ou dans les communautés de développeurs. Il faut reconnaître que ces dernières demeurent assez misogynes ». Un peu cruellement, Christine Paurise souligne que les stéréotypes concernent aussi les garçons : « Le cliché de l’informaticien boutonneux à lunettes derrière son écran qui mange des pizzas est encore bien présent ».

À ce stade, il est possible de s’interroger : en quoi est-ce vraiment un problème si les femmes s’orientent plus volontiers vers la médecine ou la magistrature que vers le numérique ? Les enjeux ne se situent pas uniquement au niveau des questions d’égalité. Pour Christine Paurise : « dans une équipe, si tout le monde se ressemble, on introduit invariablement des biais. À l’heure de l’intelligence artificielle, cela devient une difficulté critique ». Pour Carine Braun-Heneault, c’est aussi un vrai problème économique : « En Europe, en 2020, il va manquer 800 000 talents dans les métiers du numérique dont 200 000 pour la France. Si les femmes sont absentes dès le départ ; ce sera la double peine. Avec ce déséquilibre sur le marché du travail, le prix des talents va augmenter et les employeurs seront les premiers pénalisés ».

Quelles solutions peuvent être envisagées dès lors que les intervenantes s’accordent sur le constat qu’une obligation réglementaire serait inutile ? « Ce serait même, à la limite, méprisant » complète Christine Paurise.

Le premier des axes évoqués est celui de la reconversion, notamment au travers de l’initiative soutenue par Syntec Numérique présentée par Carine Braun-Heneault : « Syntec Numérique encourage les entreprises, comme cela a déjà été fait par Cecurity.com, à signer le Manifeste pour la reconversion des femmes dans le numérique. C’est un outil pour sortir de ce paradoxe où l’on a une économie florissante, où l’on gagne mieux sa vie que dans les mines de charbon, qui devrait attirer mais qui n’attire pas. »

Associée à l’approche de la reconversion, est citée également la nécessité de communiquer sur la diversité des postes à pourvoir et la variété des parcours envisageables. Pour Christine Paurise : « Le numérique ce n’est pas un métier, informaticien cela ne veut rien dire. Il faut communiquer sur la diversité des spécialités ». Amélie Frezier insiste également sur l’importance de prôner par l’exemple pour donner de la visibilité et va même jusqu’à recommander une communication « qui apporte du glamour ». Elle témoigne de son propre parcours de diplômée en lettres devenue spécialiste des services de confiance numériques. Carine Braun-Heneault évoque de son côté le cas d’une femme, licenciée en lettres, devenue Chief data officier d’une grande métropole. « On pourrait croire que c’est un saut quantique alors que ce n’est pas le cas ».

En complément des études de lettres déjà citées, les masters en droit du numérique comme ceux des Universités de La Rochelle ou de Corte, dont la Fédération des Tiers de Confiance du numérique (FNTC) est partenaire, donnent accès à des emplois à pourvoir dans les entreprises du numérique : juriste contrats IT, responsable conformité, délégué à la protection des données, etc.

Enfin, les intervenantes sont unanimes pour dire que la solution dépend d’abord des femmes elles-mêmes : « les femmes doivent se faire confiance car les hommes se posent moins de questions » (Christine Paurise) » ; « les femmes doivent se prendre en main (Frédérique Ville) ». Ce qui permet à Amélie Frezier de conclure sur une note positive et enthousiaste : « Il faut foncer. Quand on débute dans une entreprise du numérique, on est la bienvenue. Il n’y a pas de différence hommes / femmes. C’est le moment, car les choses sont en train de changer. L’important, c’est de s’éclater en trouvant sa spécialité ».

Arnaud Belleil

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